Société

Polémique littéraire : Thélyson Orélien nie l'IA, mais admet avoir plagié des auteurs

Par Stan ADJELe mercredi 14 octobre 2026 à 15:25
Polémique littéraire : Thélyson Orélien nie l'IA, mais admet avoir plagié des auteurs

Accusé d'avoir utilisé l'intelligence artificielle pour écrire son roman C'était ça ou mourir, l'écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien réfute ces allégations, mais reconnaît avoir plagié des auteurs dans d'anciens textes. Une controverse qui a conduit au retrait de son livre de la sélection du prix Goncourt 2026.

L'affaire Thélyson Orélien connaît un nouveau rebondissement. Après plusieurs semaines de silence face aux accusations visant son premier roman, C'était ça ou mourir, l'écrivain de 38 ans est sorti de sa réserve le mardi 13 octobre 2026. Dans un texte transmis à l'Agence France-Presse (AFP), il nie catégoriquement avoir utilisé l'intelligence artificielle (IA) pour rédiger son ouvrage, tout en reconnaissant des plagiats commis dans des publications antérieures. Une distinction qui ne met pas fin aux interrogations sur l'origine du texte, mais clarifie sa position.

Tout commence le 21 septembre 2026, lorsque le compte anonyme « Balance ton Claude », sur le réseau social X, accuse l'auteur d'avoir largement recouru à l'IA générative pour écrire son roman, publié aux éditions Grasset. Ces soupçons, notamment alimentés par des analyses de détection de textes générés par intelligence artificielle, déclenchent une vive polémique dans le milieu littéraire français.

Mais les critiques ne portent bientôt plus uniquement sur l'IA. Le quotidien québécois La Presse révèle que des textes publiés par Thélyson Orélien au Canada, plus de dix ans auparavant, présentent des similitudes importantes avec des écrits d'autres auteurs. Une chronique publiée en 2013 reprend notamment, selon le journal, l'essentiel d'un article du quotidien philippin The Philippine Star. Un autre texte, publié en 2012, présente des similitudes avec un écrit de l'auteur français Louis Pauwels.

Ces révélations donnent une nouvelle dimension à l'affaire. Le 25 septembre, l'Académie Goncourt annonce le retrait de C'était ça ou mourir de sa première sélection pour le prix 2026. Elle invoque les plagiats révélés ainsi que les résultats de plusieurs analyses suggérant que le roman serait, selon toute vraisemblance, largement issu d'une intelligence artificielle. L'éditeur canadien du livre, les éditions du Boréal, suspend également la tournée promotionnelle de l'auteur. Celui-ci interrompt ensuite ses activités en France et regagne le Québec.

Le 13 octobre, Thélyson Orélien prend finalement la parole dans un texte intitulé « Ce roman que j'ai écrit ». Il affirme avoir commencé son ouvrage à l'automne 2017, au Québec, avant d'en achever une première version en 2019. Il explique avoir ensuite supprimé des scènes, retravaillé des passages et modifié des personnages. S'il reconnaît avoir utilisé des outils numériques pour certaines recherches, notamment linguistiques, il assure qu'aucune phrase du roman n'a été créée par une machine. Il présente son livre comme une œuvre personnelle, nourrie par son expérience de l'exil et celle d'autres migrants.

Concernant ses anciens écrits, l'écrivain reconnaît en revanche avoir commis des « erreurs inacceptables » et présente ses excuses sans réserve. Il explique ces emprunts par une admiration excessive pour certains auteurs, sans que cette justification efface la responsabilité qu'il reconnaît désormais.

L'affaire laisse toutefois deux questions distinctes : celle du plagiat, que l'auteur admet pour ses publications antérieures, et celle de l'utilisation de l'IA dans son roman, qu'il continue de contester. Alors que les outils de détection ne suffisent pas, à eux seuls, à établir avec certitude l'origine d'un texte, la polémique relance le débat sur la preuve, l'originalité et la responsabilité des écrivains à l'ère de l'intelligence artificielle. Reste à savoir si les explications de Thélyson Orélien permettront de restaurer la confiance des lecteurs et du monde littéraire.