Incendies de marchés : une série de sinistres fragilise les commerçants en Côte d'Ivoire

Les incendies survenus à Bondoukou, Man et Aboisso en 2026 ont détruit des centaines de commerces et causé plusieurs milliards de FCFA de pertes, relançant le débat sur la sécurité des marchés
En l'espace de quelques semaines, plusieurs grands marchés de Côte d'Ivoire ont été ravagés par les flammes. De Man à Aboisso, en passant par Bondoukou, des centaines de commerçants ont vu partir en fumée des années de travail et d'investissement. Si ces drames n'ont heureusement fait aucune victime humaine, ils ont plongé de nombreuses familles dans l'incertitude économique.
Ces incendies successifs soulèvent une nouvelle fois la question de la sécurité des infrastructures commerciales du pays. Installations électriques vétustes, branchements anarchiques et absence d'équipements adaptés de lutte contre les incendies figurent parmi les facteurs régulièrement évoqués pour expliquer la propagation rapide des flammes dans les espaces marchands.
Man : 21 commerçants touchés après un violent incendie
Dans la nuit du 23 au 24 juin 2026, un violent incendie s'est déclaré au grand marché de Man, dans la zone située entre le stade Léon-Robert et la gare routière.
Selon le bilan officiel, 16 magasins ont été entièrement détruits, affectant directement 21 commerçants. Grâce à l'intervention coordonnée des sapeurs-pompiers civils, des pompiers de l'aéroport de Man ainsi que des forces de sécurité, le feu a pu être maîtrisé avant qu'il ne se propage à l'ensemble du marché.
Au lendemain du drame, les autorités locales ont apporté une première assistance aux victimes. Une enveloppe de 2,1 millions de FCFA a été mobilisée, accompagnée de vivres et de produits de première nécessité afin de soulager les commerçants sinistrés.
Au-delà de cette aide d'urgence, de nombreux commerçants restent confrontés au défi de la reconstitution de leurs stocks et de la reprise de leurs activités.
Aboisso : un nouvel incendie ravive les inquiétudes
Quelques jours seulement après le sinistre de Man, un autre incendie s'est déclaré au grand marché d'Aboisso.
Le 4 juillet 2026, aux environs de 4 heures du matin, les flammes ont une nouvelle fois frappé un espace commercial majeur du pays. Si les autorités poursuivent leurs évaluations sur l'étendue exacte des dégâts, cet incendie est venu renforcer les inquiétudes autour de la sécurité des marchés ivoiriens.
La multiplication des sinistres en un laps de temps relativement court interroge sur l'état des installations électriques et sur l'efficacité des dispositifs de prévention existants.
Bondoukou : près de 800 commerçants sinistrés et plus de 2,3 milliards de FCFA de pertes
Le plus important de ces incendies reste celui survenu au grand marché de Bondoukou.
Dans la nuit du 12 juillet 2026, un incendie de grande ampleur a ravagé plusieurs espaces commerciaux de cette importante place marchande du nord-est ivoirien. Les premières évaluations officielles font état de 799 commerçants affectés, pour des pertes provisoirement estimées à plus de 2,3 milliards de FCFA.
Les premiers éléments de l'enquête privilégient la piste d'un court-circuit électrique, une hypothèse fréquemment évoquée lors des incendies enregistrés dans les marchés du pays.
Pour les victimes, les conséquences sont particulièrement lourdes. Derrière chaque boutique détruite se trouvent des familles privées de leur principale source de revenus et parfois des années d'épargne réduites en cendres en quelques heures.
Des marchés toujours vulnérables face aux risques d'incendie
Ces incendies mettent en lumière la vulnérabilité persistante des infrastructures commerciales ivoiriennes. Dans plusieurs marchés, les réseaux électriques sont confrontés au poids des années, tandis que la multiplication des branchements irréguliers et la forte concentration des commerces favorisent une propagation rapide des flammes lorsqu'un départ de feu survient.
À cela s'ajoute parfois l'insuffisance des équipements de première intervention, tels que les extincteurs ou les points d'eau dédiés aux situations d'urgence. L'étroitesse des allées peut également compliquer l'accès des secours et ralentir certaines opérations.
La croissance démographique des espaces commerciaux n'a pas toujours été accompagnée des aménagements nécessaires en matière de sécurité, accentuant ainsi leur exposition aux risques.
Prévention : un chantier devenu prioritaire
Face à cette situation, les autorités sont appelées à renforcer davantage les politiques de prévention dans les principaux marchés du pays.
La modernisation des installations électriques, la réalisation de contrôles techniques réguliers, l'installation d'équipements adaptés de lutte contre les incendies ainsi que la sensibilisation des commerçants aux règles élémentaires de sécurité constituent autant de pistes régulièrement avancées.
Le développement de plans d'évacuation et l'organisation d'exercices de simulation pourraient également contribuer à améliorer la gestion des situations d'urgence.
Au-delà des chiffres, ces incendies rappellent surtout la fragilité économique de milliers de familles dont l'activité dépend exclusivement du commerce. Lorsqu'un marché est touché, ce sont des vies professionnelles qui sont brutalement interrompues et des mois, voire des années de travail, qu'il faut parfois entièrement reconstruire.
Dans un contexte marqué par la répétition des sinistres, la sécurisation des marchés ivoiriens apparaît désormais comme un enjeu économique, social et humain majeur. Prévenir les incendies, c'est aussi protéger les moyens de subsistance de milliers de commerçants qui participent chaque jour au dynamisme économique du pays.
