Culture

Grand-Bassam : le festival gastronomique N'zima entre dans une nouvelle ère

Par ESSOH EmmanuelLe jeudi 20 août 2026 à 13:19
Grand-Bassam : le festival gastronomique N'zima entre dans une nouvelle ère

Des recettes ancestrales transmises de génération en génération : le Festival gastronomique N'zima de Grand-Bassam franchit un cap institutionnel en passant sous la tutelle du Ministère de la Culture

Sur la plage du quartier France, à Grand-Bassam, l'odeur des mets traditionnels flottait déjà dans l'air ce samedi 8 août 2026, lorsque les organisateurs ont fait une annonce que personne n'attendait vraiment : le Festival gastronomique N'zima, qui célébrait sa 6ᵉ édition, ne serait plus tout à fait le même événement. Désormais, il passe sous la tutelle du Ministère de la Culture et de la Francophonie.

Un festival né d'une volonté de transmission

Pour comprendre l'importance de cette bascule, il faut revenir aux origines du festival. Lancé en 2021 par le Commissaire Général Kacou Adjehi, l'événement n'avait, au départ, rien d'institutionnel. L'ambition était simple, presque intime : faire redécouvrir les mets traditionnels du peuple N'zima, les sauver de l'oubli, et les transmettre aux jeunes générations avant qu'ils ne disparaissent avec leurs derniers gardiens. Cinq ans plus tard, le festival avait déjà gagné en maturité, porté par un engouement croissant et une participation toujours plus large.

Une cérémonie sous le signe de la tradition

Cette année, la cérémonie d'ouverture a pris une tournure particulière. Elle s'est déroulée sous l'égide du Roi des N'zima Kotoko, Awoulahe Amon Tanoé, également Président de la Chambre des rois et chefs traditionnels de Côte d'Ivoire, un symbole fort, qui replace la coutume et la légitimité royale au cœur de l'événement. C'est Mme Kassi Jeanne, Directrice Financière représentant la Ministre de la Culture et de la Francophonie, présidente de cette 6ᵉ édition, qui a officialisé la nouvelle : le festival appartient désormais, en partie, à l'État.

Sept familles, sept histoires culinaires

Mais avant tout, le festival est resté fidèle à sa vocation première : celle de la table. Sept familles N'zima ont présenté, chacune, un plat porteur de leur identité. Les Azanhoulé ont fait voyager les visiteurs avec leur « Ekoko Becri », les Allonwonba avec l'Apkessi accompagné de sa sauce N'gattie, les Ngouafo avec un simple mais savoureux plat d'haricots et d'alloco, tandis que les Ezouhoule ont présenté l'Abodasso. Autant de recettes transmises de génération en génération, dont chaque bouchée raconte un morceau de l'histoire du peuple N'zima.

Le concours culinaire, moment fort du festival, a également récompensé trois lauréates, reparties avec des équipements électroménagers  réfrigérateurs, micro-ondes et cuiseurs offerts par le ministère de la Culture, comme un geste concret venant appuyer les paroles officielles.

Cette mise sous tutelle n'est pas qu'une formalité administrative. Elle signale une reconnaissance institutionnelle du patrimoine culinaire N'zima comme élément à part entière du patrimoine culturel ivoirien. Pour un festival qui a grandi loin des projecteurs, porté d'abord par la volonté d'une communauté de préserver ses traditions, ce nouveau statut ouvre potentiellement la voie à davantage de moyens, de visibilité et de pérennité.

Reste à voir comment cette nouvelle tutelle transformera, dans les années à venir, l'esprit d'un événement qui, jusqu'ici, tirait sa force de son ancrage local et de sa proximité avec les familles qui l'ont fait naître.